Mes vingt ans

Je passais par là en quelques fois,

Quand la solitude, comme un manteau,

M’enveloppa dans ses bras puissants,

Je descendais sur les rives de tes yeux,

Quand sur mon chemin nulle lumière,

Ne luit, Obscurité profonde, crève-cœur;

Silence de tonnerre, silence de flambeau;

Le soir venant, la lune s’accroupit,

Elle me regarde, elle ne dit rien

Et m’aide à mourir de ton absence,

Moi, chemin faisant, je pleurais,

J’alimentais l’atlantique et le pacifique

J’alimentais le Nil et son désespoir,

Je criais aux dieux qui ne me répondaient pas,

J’invoquais les dieux de ma race;

Damballah, pour sa suffisance,

La déesse Erzulie, de ma main droite,

De ma tête fixée vers son trône,

Nulle réponse qui puisse résoudre ma solitude,

Nul mot pour panser la plaie de tes souvenirs;

Ce soir, chemin faisant,

Je porte le poids lourd de mes vingt ans,

Plus lourd est ton souvenir,

Qui me hante, qui me pèse,

Comme un homme en esclavage,

Comme une brulure à la peau,

Comme un dernier souffle qui s’échappe;

Je passais par là en quelques fois,

J’y passerai peut-être toujours,

Je dirai ton nom aux autres générations,

Je dirai ta beauté comme un évangile,

Comme un poète en début de carrière,

Je dirai combien je t’aime avec les mots,

Avec les mots-séismes,

Avec les mots-désastres

Avec les mots-catastrophes,

Avec les mots qui tuent

Avec les mots qui brûlent

Encore avec les mots que l’on s’aime;

Je passais par-là,

Et ce soir-là,

Je venais d’avoir vingt ans.

 

 Jacques. 

 

 


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