Quai des brumes

Tout le monde parle d’amour autour de moi. Je le sais pertinemment que les histoires d’amour ne collent pas à ma personne. Je suis trop indépendant qu’on me répète. Assis au bar du quai des Brumes, sur la rue Saint-Denis. Il s’approche avec deux verres de shooter. Je me suis mis beau ce soir, pas pour pogner quoi que ce soit, j’avais juste le goût d’être beau et présentable. J’aime avoir tous les regards rivés vers moi, me faire prendre sans être pris. J’ai le béguin pour les hommes aux cheveux châtains, je l’ai aperçu le premier. Il a un tattoo un peu quétaine sur son bras gauche, ses yeux transpirent l’innocence. Ses deux verres de shooter débordent de rhum, il me tend un verre, je le bois d’un trait. J’hésite entre baiser au salon ou dans la chambre à coucher, lui il s’en fout. Il m’embrasse sur la bouche, sur le cou, partout. Je ne suis pas du genre à attendre de faire plus ample connaissance, j’aime qu’ils me prennent incognito, sans préalable, j’veux pas qu’ils sachent ni ma couleur préférée ni comment j’entrevois mon avenir. Baisez-moi un point c’est tout. Il ne se doute pas qu’il n’aura pas d’autre nuit semblable à celle-là, du moins, pas avec moi. Je m’abandonne le temps d’un orgasme, mes rêveries ne durent jamais trop longtemps. Qui leur a fait croire qu’ils étaient indispensables. Qu’un homme comme moi ne pouvait pas vivre sans la compagnie d’un HOMME? Mon corps répond à ses caresses, son sexe se dresse et s’endurcit sous l’étreinte de mes lèvres. Tout en faisant des mouvements de va-et-vient, j’éternise mon regard sur ses yeux mi-clos. Je le possède, il est à moi. Son souffle saccadé s’entrecoupe de spasme, il se meurt, je vis. Il dort, je tente de le réveiller, il doit maintenant partir… Je lui commande un Uber. Le chauffeur est arrivé. Je ne l’accompagne pas à la porte, il trouvera lui-même la sortie.

 

 Auteur : Anonyme 


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